Sécurité des Aliments : Anticiper, Diagnostiquer, Maîtriser.
Les rappels produits se multiplient et la pression réglementaire s’intensifie : jamais la sécurité des aliments n’aura été autant scrutée, ni aussi complexe à garantir. Entre nouveaux ingrédients, chaînes logistiques fragilisées et attentes croissantes de transparence, les industriels doivent désormais détecter plus vite, comprendre plus précisément et agir plus tôt. Diagnostic rapide, IA, maîtrise de l’hygiène, analyse du microbiote : bioMérieux, Kersia et Mérieux NutriSciences unissent expertise scientifique, culture de terrain et technologies de rupture pour répondre à ces nombreux défis.
Paru dans Information Entreprise N°197 de Janvier, Février, Mars 2026
Informations Entreprise : Face à la complexification des chaînes agroalimentaires, quels sont aujourd’hui les grands risques émergents pour les industriels ?
Guillaume Frelat (Manager Food Science Center, Mérieux NutriSciences) : L’industrie fait face à un paysage microbiologique en pleine mutation. Les modes de consommation évoluent : naturalité, nouveaux ingrédients peu documentés sur le plan microbiologique. Ces tendances sont vertueuses mais introduisent des inconnues qu’il faut anticiper. Par ailleurs, les chaînes d’approvisionnement sont plus longues, plus sensibles aux aléas climatiques ou logistiques, et cela fait évoluer les risques de contaminations.
Notre rôle est de travailler main dans la main avec les industriels pour objectiver ces dangers émergents : analyses microbiologiques et chimiques, accompagnement réglementaire, évaluation des scénarios de contamination. Nous disposons d’un réseau de laboratoires accrédités et d’équipes terrain capables d’aider les entreprises à intégrer ces risques dans leurs process de développement et de production. Ce travail d’anticipation est essentiel, car la qualité et la sécurité ne peuvent pasreposer uniquement sur des contrôlesfinaux : elles doivent être construites tout au long du cycle produit.
La maîtrise de l’hygiène est un pilier de la sécurité. Comment maintenir une vigilance constante, notamment à l’échelle mondiale ?
Brice Minvielle (Global Proficiency Expert Food Safety, Kersia) : La sécurité des aliments repose d’abord sur la rigueur quotidienne. Le nettoyage et la désinfection ne sont pas que de simples bonnes pratiques d’hygiène : ce sont des actes techniques, exigeants, qui conditionnent la maîtrise des dangers microbiologiques. Notre travail consiste à proposer aux industriels les meilleures solutions - produits, protocoles, audits, formations - en fonction de leurs objectifs, à s’assurer qu’elles sont appliquées au quotidien, et à détecter les dérives avant qu’elles n’impactent les aliments.
Lorsque surviennent des difficultés, nous accompagnons immédiatement nos clients pour comprendre l’origine du dysfonctionnement, corriger, puis renforcer durablement le système afin d’éviter toute récurrence. La dimension internationale rend l’exercice encore plus complexe : chaque usine a ses équipements, ses ingrédients, ses conditions climatiques, sa culture… Il faut comprendre les réalités locales tout en garantissant un niveau d’exigence adapté et homogène, en particulier pour les entreprises internationales. Dans ces conditions, la “Food Safety Culture” est essentielle, car finalement nous travaillons avec du vivant. C’est en restant au plus près du terrain que l’on assure une sécurité cohérente d’un continent à l’autre.
Comment les technologies de diagnostic rapide transforment-elles la capacité des industriels à détecter et comprendre les contaminations ?
Guillaume Dancoisne (EMEA Augmented Diagnostics Business Development Manager, bioMérieux) : Le défi majeur aujourd’hui est d’accélérer le temps scientifique pour l’aligner sur le temps industriel. Les usines doivent détecter plus tôt, décider plus vite et intervenir avec précision. C’est tout le sens de nos innovations en diagnostic in vitro. Pendant longtemps, le frein n’était pas uniquement la détection d’un pathogène comme Listeria monocytogenes, mais la caractérisation : comprendre s’il s’agit de la même souche retrouvée dans un produit fini, une matière première ou une zone d’environnement.
Cette réponse arrivait en trois ou quatre semaines. Grâce à notre nouvelle innovation, GENE-UP® TYPER, nous sommes capables d’obtenir un typage probabiliste en une heure, directement sur site ou dans un laboratoire prestataire. Cela change tout : l’investigation devient quasiment temps réel, les actions correctives sont ciblées, et la contamination est stoppée avant de se répandre. Le diagnostic devient un outil d’anticipation, et non plus seulement un outil de détection.
L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans la sécurité des aliments. Comment renforce-t-elle l’analyse et la décision ?
Guillaume Dancoisne (bioMérieux) : L’industrie est historiquement réactive ; l’IA permet enfin de basculer vers la proactivité. Dans nos solutions, notamment AUGMENTED-DX Portal (le logiciel de GENE-UP® TYPER), l’apprentissage automatique analyse des milliers de données issues du terrain pour identifier des clusters de souches, reconstituer l’historique des contaminations et isoler la cause racine.
Le plan d’échantillonnage devient intelligent : on identifie les zones à risque accru, on optimise temps et ressources, on sécurise l’investigation. L’analyse n’est plus seulement descriptive, elle est prédictive.
L’objectif est le même : détecter plus tôt les déviations, modéliser les impacts, réduire les risques avant qu’ils ne se matérialisent. En combinant diagnostic in vitro, données et modélisation, les industriels accèdent à une précision impossible par les approches historiques. La sécurité des aliments entre véritablement dans une nouvelle ère.
Quels bénéfices économiques et opérationnels apporte une gestion plus anticipative de la sécurité des aliments ?
Brice Minvielle (Kersia) : Les coûts denon-qualité sont importants et ceux d’une crise peuvent considérables : produit non commercialisé ou retiré, arrêt de production, fermeture temporaire d’usine, enquêtes réglementaires,perte de marché... Certaines estimations évoquent jusqu’à 1 million d’euros par incident, mais les impacts indirects sont parfois encore plus lourds.
Pourtant, investir dans la prévention est difficile à quantifier : comment chiffrer une crise qui n’a pas eu lieu, ou des coûts de non-qualité qui impactent plusieurs services d’une même usine ? C’est tout l’enjeu. Un système de management de la qualité orienté vers l’anticipation permet de réduire fortement la probabilité de défaillance et ses conséquences.
Comment les collaborations entre science, industrie et terrain dessinent- elles la sécurité des aliments de demain ?
Guillaume Frelat (Mérieux NutriSciences) : La frontière entre recherche, industrie et terrain n’a jamais été aussi poreuse - et c’est une excellente nouvelle. Les défis actuels exigent une compréhension fine des mécanismes de contamination, des technologies d’analyse avancées et une capacité à transformer la science en solutions opérationnelles.
Chez Mérieux NutriSciences, nous collaborons étroitement avec les écoles d’ingénieurs, les laboratoires universitaires et les industriels pour mener des projets conjoints : altérations, maîtrise des dangers émergents, validation de nouvelles approches analytiques.
Guillaume Dancoisne (bioMérieux) : Chez bioMérieux, la recherche académique nourrit également nos programmes de R&D, notamment autour du microbiote, qui devient une clé pour anticiper les dynamiques de contamination.
Ces partenariats permettent d’unir expertise scientifique, contraintes industrielles et retour terrain. C’est cette triangulation qui permet d’innover juste, vite et utile. La sécurité des aliments sera collaborative ou ne sera pas.
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